Serge Lama

Si un air qui définit le mieux le caractère et la carrière de Serge Lama, c’est bien le refrain : “C’était l’époque où je lisais le communal ma voix presque autant que mon pantalon j’étais presque un enfant du bal. “Serge Lama marche toujours sur cette image populaire d’un artiste jovial et optimiste. Quel bel exemple de combativité et de courage face à l’adversité ! Du petit au grand Chauvier Lama, tant de luttes, et de succès, et enfin quelle réussite ! Malgré une enfance difficile, un accident qui a failli lui coûter la vie, et une errance dans le désert, ce chanteur doué, auteur de la plupart de ses textes, reste aujourd’hui un artiste incontesté. Très présent dans les médias pour honorer son rire chaleureux, Lama marque le paysage musical de l’éternel succès : Une île de Superman, aux femmes femmes femmes, ballons rouges, Les petites femmes de Pigalle, je suis malade,. Rappelant une carrière époustouflante. Le temps des grignotinesSerge est né à Bordeaux Chauvier le 11 février 1943. Sa mère s’occupe de la maison et de son fils unique tandis que son père, George, essaie de se mettre à chanter. Cette maison a Creusois certes une forte voix de baryton mais pas de persévérance Aura, quelques années plus tard, son fils. Il fait une carrière de “local”, toujours en chantant avec Upstream Marcel, Georges Guétary ou Bourvil. Espérant voir briller le nom de Chauvier en tête d’affiche, Georges emmène sa femme et son fils à Paris. Nous sommes en 1950 et le petit Serge, après sept ans d’absence, admire l’infaillibilité de son père. Mais maman Chauvier ne voit pas le chant du même œil. Pour elle, c’est un métier de banquier de montagne qui ne nourrit pas. Malgré un contrat au Théâtre des Capucines qui déclenche chez Serge une véritable vocation de chanteur, la gloire ne viendra pas. Ennuyé par les attaques successives de sa femme, Serge décide d’abandonner la chanson pour un métier plus lucratif de représentant de commerce : “Un jour, papa a vendu de la margarine, pour que maman puisse chanter dans sa cuisine. “Le temps de la vengeanceNous sommes en 1955 et cette négligence est l’effet d’un choc pour le petit Serge. C’est maintenant certain, il “venge” son père et le chante, de l’autre côté du boulevard, à l’Olympia. Il écrit ses premières chansons à la même époque. Au lycée de Vanves, près de Paris, il commence à dessiner et à faire du théâtre. Ce grand jeune homme bourru et solitaire n’a qu’une idée en tête : chanter et vivre. A dix-huit ans, il quitte la maison et vit de petits boulots, jusqu’à ce que la guerre le rattrape. La France envoie sa jeunesse se perdre en Algérie, où elle apprend le dur métier de la mort et de la guerre. Pendant plus d’un an, Serge survit au Sahara. De retour en France, il fréquente le Conservatoire de Mireille, prend le nom de scène de Lama, et met en musique ses premiers textes. Faisant la tournée des cabarets, il rencontre Liliane Benelli, pianiste de l’Écluse, célèbre cabaret. Elle devient sa maîtresse et son mentor. Avec elle, il se produit dans la première partie de Barbara et Brassens, et enregistre fin 1964 son premier 45 tours (Quinze ans). Enfin, il prend sa revanche. Tout en enregistrant quelques 45 tours réguliers, Serge écrit pour les autres et se forge une solide réputation. Le temps de la tragédieMais un événement dramatique change tout et la carrière. Le 12 août 1965, il est victime d’un terrible accident de voiture dans lequel meurt Liliane. Le chanteur ne se remettra jamais de ce choc. Physiquement détruit, il lui faut plus d’un an pour remarcher. Son prochain disque, c’est l’allongement sur une civière qui les sauve. Faisant preuve d’un extraordinaire abnégation, il se relève, plus fort que jamais, plus riche qu’avant, mais meurtri au fond de son âme. Émue, la profession se rassemble autour du jeune homme et donne un concert de soutien dont les bénéfices sont entièrement reversés. Toujours en convalescence, mais sans cesser d’être productif, le chanteur enregistre en juin 1967 Les ballons rouges. Lama brille enfin aux yeux du public, nostalgique et tendre. Son premier album, From adventures adventures, paraît en octobre 68 et marque le début d’une longue série de tubes. Ceux dont il joue un rôle (le temps du refrain, Des aventures aventures. ) Et pour lesquels il remplit les salles (Bobino, l’Olympia, le Palais des Congrès,. ) Mais aussi ceux qu’il a écrits pour d’autres (Mouskouri, Grec, Régine, Zizi Jeanmaire,. ) Car le chanteur est avant tout un écrivain de grand talent. Associations heureusesEt partageant généreusement, le couple Lama travaille. Qu’il a formé avec sa femme Daisy Brown pendant quelques années, puis il a épousé Michelle (qui partage sa vie et encore aujourd’hui) et avec qui il a eu un fils, Frédéric, en 1971, ceux qui forment avec ses amis les Songwriters (Yves Gilbert, Alice Dona,. ). De ces associations naîtront de nombreux succès artistiques : les 70 ans sont sans doute ceux du Lama. Celui-ci remplit les salles de dizaines de milliers de personnes sans céder à la mégalomanie. Il reste un simple artiste, poète et esclavagiste lubrique. L’amour, l’amitié, la vie sont magnifiquement célébrés dans ses chansons tantôt mélancoliques, tantôt explosives. Cet album se démarque cependant tout au long de sa carrière : Lama père et fils épèle la fin de l’année 1981 et représente un aboutissement de la passion de Serge : “venger” son père pour son échec. Sombre contradiction : les deux artistes n’auraient probablement jamais existé ensemble, car la passion de l’un est née de l’échec de l’autre. BonaparteAu début des années 80, Lama rompt la monotonie du succès et se lance dans l’écriture et la production d’une comédie musicale. Le thème est audacieux : Napoléon, choisi plutôt pour sa ressemblance physique avec une supposée passion pour l’Empereur. Malgré les difficultés du thème, la comédie connaît un grand succès pendant des années, et Serge grandit au printemps, bien que lassé par les critiques et les journalistes. La mort accidentelle de ses deux parents dans un accident de voiture en décembre 1984 incite le chanteur à prendre ses distances avec les médias. Il entame un voyage à travers le désert, au cours duquel sa production enregistrée ralentit. Sans tomber dans l’oubli, il est plus discret. Pour démontrer sa passion pour la renaissance du théâtre dans les années 90, l’art populaire pour lequel il part de zéro, et renforcer son image auprès du public accessible et convivial. Puis passer 90 ans, entre chansons, théâtre et radio. Avec le millénaire, Lama revient plus fort que jamais, avec un splendide album, digne des plus grands artistes. Sheetfed, sept ans après son dernier album studio, réveille les passions avec quatorze morceaux de bravoure, tendres (Si vous le voulez), sensuels (Quand fait-on l’amour ?), gagnants (Je me rends compte que je suis une belle femme) et poétiques (les allotements). Il avait été laissé peu à peu aux artistes de la voie de garage poussiéreuse. Le revoilà, étonnant, l’enchaînant à soixante ans, radio, TV, concerts et interviews avec facilité et humour ravageurs. Le Grand Lama est de retour.

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